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Le Gros

En dehors de son excellent fanzine Medusa, Didier Lefèvre a écrit un roman au doux nom de "Le Gros". Ce "Gros" en question se trouve être en réalité François, un adolescent de 15 ans dont le poids, 103kg au compteur, en fait le souffre-douleur de sa famille et des habitants de sa ville. Manque de pot, sa mère est une alcoolique, sa soeur une trainée lycéenne et son beau-père, un homme violent et sans coeur. Tous lui mènent la vie dure, lui qui n'a rien demandé à personne si ce n'est de le laisser s'empiffrer autant qu'il le veut. Malheureusement, François n'est pas prêt de vivre une vie tranquille puisque les ennuis ne font pour lui que commencer...

Je n'ai pas vraiment accroché à ce roman pour différentes raisons. Dans un premier temps, c'est le style employé par l'auteur qui m'a déplu. Il faut dire que c'est la première chose qui saute aux yeux du lecteur en lisant les premières lignes d'un récit et souvent, ça passe ou ça casse. Ici, dès le début, les dialogues m'ont posé soucis. J'ai ressenti un gros manque de naturel, trop d'artificialité, la façon de parler des personnages se trouvent trop éloignées de la réalité. Les mots, la longueur, la structure, quelque chose ne colle pas. J'ai par ailleurs trouvé la scène d'ouverture improbable ou bien maladroitement menée. Cela pourrait venir du fait que les personnages de Didier Lefèvre sont de gros cas sociaux du Nord, ce qui expliquerait en partie la manière dont Didier a écrit les dialogues. Toutefois, ça reste beaucoup trop caricatural, trop appuyé à tel point que ça en devient grotesque et grossier. Il en est de même pour les pensées des personnages. L'histoire de François, ses kilos en trop, le fait qu'il soit rejeté, que sa mère soit alcoolique, son beau-père violent, etc, c'est tout à fait plausible et réaliste. Mais le reste... le déroulement de l'intrigue, les pensées, les paroles, ça sonne faux. Je ne suis bien sûr pas expert des faits-divers sociaux dont s'inspire Didier Lefèvre, mais ici il en rajoute trop, à mon sens en tout cas.

D'ailleurs, le style simple de l'auteur souffre de ces défauts puisqu'il s'enlise dans des répétitions sur les états d'âme des personnages. Et le manque de rythme, de suspense et de rebondissements (en dehors de la fin et de quelques passages dans le roman) n'arrange en rien les choses, tout comme les jeux de mots et les passages d'humour qui, bien que nécessaires dans ce genre de récit, tombent souvent à l'eau.

Cela dit, on sent qu'au cours du récit, il y a une légère amélioration, devenant un peu moins lourd à lire par endroit. Il reste des répétitions, des lourdeurs, mais moins. On trouve aussi des parties intéressantes même touchantes voire alarmantes tant elles respirent le vécu de certaines familles du Nord et d'ailleurs. Ce sont ces seuls passages qui ont, dans mon cas, sauvé le livre. Malheureusement, ils sont souvent noyés dans le reste. Mais l'histoire prend de la consistance, c'est déjà ça. Violent, dans les faits comme dans les paroles, le livre est noir, sombre et dur. Il aurait pu être beaucoup mieux si l'écrit avait été plus travaillé et si l'enrobage de la trame principale sonnait moins creux et faux. Un premier essai à moitié réussi mais qui se montre parfaitement prometteur pour la suite.

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