Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Video Games

D.B. Weiss est un scénariste connu aujourd'hui comme étant le co-créateur et co-scénariste de la série TV à succès Game of Thrones, adaptation de la saga du Trône de Fer de George R.R. Martin. Mais avant d'être scénariste pour la TV, D.B Weiss est surtout un diplômé de philosophie et un écrivain. Eh oui, Weiss a d'abord écrit un roman qui est sorti aux USA en 2003 sous le titre de Lucky Wander Boy et qui est arrivé en France en 2012 sous le titre de Video Games.

Video Games raconte l'histoire d'Adam Pennyman, le parfait loser geek passionné par les jeux vidéo et la philosophie. Adam n'a jamais rien fait de sa vie, jamais rien n'accomplit. Il a toujours été renvoyé de ses boulots, n'a jamais eu de but ni d'avenir. Le seul truc qui lui plait vraiment, c'est les jeux vidéo. C'est son dada, mais juste les anciens, les seuls réellement dignes d'intérêt. Sa vie y est rattachée, Adam y est lié et ce, depuis toujours.
Un jour, alors qu'il travaille en tant que graphiste dans une société en Pologne, il découvre le génialissime émulateur MAME qui lui permet alors de retourner à sa passion et de se replonger dans son passé. A son retour aux Etats-Unis, sa passion est grandissante et il décide d'en venir à bout en se lançant dans la rédaction du Catalogue des Jeux Obsolètes. Mais très vite, l'un des jeux prend le dessus sur tous les autres, se transformant en une véritable obsession, Lucky Wander Boy. Ce jeu avait marqué Adam durant son enfance mais c'était effacé avec le temps à cause de son échec commercial. Il s'agit là du seul jeu qu'Adam ne peut télécharger pour jouer sur émulateur et cela ne va faire que renforcer son obsession. Adam s'engage ainsi dans une quête folle pour retrouver ce jeu et sa créatrice, Araki Itachi, mais ce sera aussi l'occasion pour lui de déterminer le sens de sa vie. L'occasion se présente lorsqu'il se fait embaucher par une société du nom de Portal, société qui travaille sur un projet d'adaptation pour le cinéma du jeu Lucky Wander Boy.

Video Games est un ouvrage très intéressant. D'abord grâce au sujet qu'il traite, les jeux vidéo. En effet, D.B. Weiss développe un scénario qui tourne autour du jeu vidéo, même si ce n'est pas le seul sujet qui est ici traité, il s'agit de l'un des sujets principaux. L'avantage ici est que Weiss montre qu'il a une bonne connaissance du milieu vidéoludique, même s'il ne fait qu'exposer la partie émergée de l'iceberg, se cantonnant seulement à quelques références connues de tous telles que Pac-man, Pong, Nintendo, Atari, Frogger, etc, tout en apportant de façon plus subtile d'autres références pour les initiés. C'est le cas avec le jeu inventé qu'est Lucky Wander Boy. A côté de ça, Weiss a ajouté quelques références "geek" comme on dit aujourd'hui. Disons qu'il parle un peu d'informatique, de cinéma, ce genre de choses là. C'est un aspect très artificiel dans l'ouvrage, comme si l'auteur avait utilisé ces quelques mots et placé ces quelques passages uniquement pour faire plaisir à ceux qui aiment à se complaire dans leur rôle de "geek".

Cependant, avec un minimum de réflexion, on se rend bien compte que D.B. Weiss n'a pas écrit ça juste pour surfer sur une mode "geek". Cette culture "geek" en 2003 n'avait pas l'influence qu'elle a aujourd'hui, de fait, il aurait été inutile d'essayer de caresser le lecteur dans le sens du poil. L'auteur cherche surtout à dresser une petite critique sociale, en se moquant gentiment des gamers et des geeks qui, au passage, se sont empressés de faire part de leur mécontentement. L'écrit, ou tout du moins la manière dont l'aspect "geek" est traité est beaucoup trop caricatural pour penser que l'auteur croit que c'est comme ça en réalité. Malheureusement, beaucoup ont l'air d'avoir du mal à cerner ça… D.B. Weiss dépeint de manière satirique les geeks, la culture geek mais aussi tout ce qui se cache derrière, que ce soit les créateurs, les producteurs, etc. Ceux qui se plaignent de cette vision n'ont simplement pas compris, comme souvent, et quand on ne comprend pas, on dit que ce n'est pas bien.

Le roman est loin d'être parfait, mais dire qu'il est dénué d'intérêt, fade et sans contenu est tout simplement une preuve de mauvaise foi de la part du lecteur. Il y a des maladresses dans le style, des digressions, arrivé à la moitié du texte, l'intérêt s'estompe et l'auteur s'enfonce dans des séquences sans intérêt, inutiles et longues, présentes uniquement pour pousser le lecteur à continuer à lire, machinalement. L'auteur se répète et l'histoire n'avance plus, on tourne en rond. Mais continuer à lire permet de se rendre compte que l'intérêt remonte petit à petite, que l'auteur reprend son récit en main, et finalement, en dehors de quelques dizaines de pages, le livre est passionnant. Certes, il aurait été préférable d'éviter les longueurs, mais après tout, ce n'est pas un drame. En fait, c'est surtout la quête de Lucky Wander Boy et de sa créatrice qui devient de plus en plus confuse au fur et à mesure qu'elle avance et qui fait que cela devient lourd.

Mais il faut tout de même apprécier la philosophie, les métaphores, les sens cachés et les subtilités. Lire en surface ne suffit pas, il faut creuser un peu. Tout lire au premier degré ne permet pas de prendre du plaisir à la lecture de Video Games, et D.B. Weiss a certainement pris un malin plaisir à apporter plusieurs niveaux de lecture. D'autre part, il faut accepter le ton résolument décalé ainsi que l'humour du roman. Arrêter aussi de se sentir visé dès que quelqu'un critique ce que l'on aime. J'aime les jeux, je joue beaucoup, je n'ai pas pour autant été offusqué par la description que Weiss fait des joueurs ou des geeks. C'est un cliché, c'est fait exprès, c'est amusant, il faut s'en amuser.
De ce côté-ci, Il y a un sacré fossé entre les lecteurs américains et les lecteurs français puisque l'ouvrage a eu un bon accueil chez les lecteurs américains.

Une chose m'a réellement plu dans l'ouvrage, tout du moins, dans le style de D.B. Weiss, c'est sa manière de construire son roman, sa manière de le narrer. Video Games est un peu une sorte de série TV sous forme de roman. Chaque chapitre étant un épisode, avec sa dose de suspense, de rebondissements, et de drama, son intrigue, son cliffhanger, etc. Ce n'est pas la meilleure manière de faire, cela ayant tendance à pousser le lecteur à continuer à lire bien que ce ne soit pas bon, mais c'est une façon originale de mener le lecteur au bout quoiqu'un peu artificielle. Il y a aussi que, à l'image du jeu Lucky Wander Boy, le roman est constitué de trois parties relatant la prise de conscience de son existence par Adam.

La fin du roman cependant est perturbante. Il y a quelque chose, un truc que dégage le bouquin. Difficile à comprendre, on a un sentiment, quelque chose. Quoi, je ne sais pas. Il y a des enseignements à tirer de ce roman, peut-être pas les mêmes pour tous, mais il y a un truc. Il faut fouiller pour l'apprécier, le comprendre, l'intégrer. C'est bourré de philosophie, c'est un bouquin de philosophie. Pennyman étudie, analyse et interprète les jeux, d'un point de vue politique et philosophique, mais en réalité, c'est lui-même qu'il étudie, il cherche juste à trouver un sens à sa vie, son identité, son existence. A nous d'en faire autant.

Tag(s) : #Chronique Littérature

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :