Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Victor Dojlida, une vie dans l’ombre

Victor Dojlida a passé sa vie à l'ombre, dans les prisons, derrière les barreaux. Résistant acharné dès l'âge de 14 ans, arrêté le 23 février 1944, jugé pour terrorisme communiste puis envoyé à Dachaud à seulement 17 ans, il finit, peu après son retour de Dachaud, par casser la gueule du policier qui l'avait arrêté quelques années plus tôt, avant d'aller braquer un café-tabac qui servait de repère à des collabos et voler la paie d'une usine ayant travaillé pour les nazis, le menant alors à un retour en prison à 23 ans. Au fur et à mesure, sa peine s'alourdit, il passera au total 40 ans derrière les barreaux, notamment à cause de ses tentatives d'évasions répétées. Victor Dojlida sort finalement le 26 septembre 1989 de la prison de Poissy où il fut le plus vieux pensionnaire.

C'est après la lecture d'un article sur la remise en liberté de Victor Dojlida que Michèle Lesbre décide de rencontrer cet homme. Michèle Lesbre et Victor Dojlida commencent alors à se voir régulièrement, pour discuter de la vie de ce dernier, autour d'un magnétophone pour enregistrer les conversations dans le but d'écrire un livre à son propos. Mais petit à petit, c'est une "amitié affectueuse" qui prend la place du magnétophone, une amitié qui les aura liés jusqu'à la mort de Victor Dojlida en 1997. Michèle Lesbre fait ici le récit de la vie de Victor. Le récit d'un homme courageux, admirable et fort. Un homme qui n'a jamais abandonné, qui n'a jamais cessé de se battre, qui ne s'est jamais laissé abattre. Durant toute sa vie, malgré les années d'emprisonnement, il a continué à espérer et même sa maladie n'a jamais pu altérer ni sa rage, ni sa colère, ni son espoir. Le récit biographique nous offre quelques anecdotes très intéressantes, l'enfance tumultueuse de Victor, les grenades volées et cachées dans le grenier de la maison familiale, les actions militantes pour le FTP-MOI comme la destruction de trains, etc, en plus d'anecdotes touchantes, notamment sur la déportation et la prison. Mais en plus de retracer la vie de Victor Dojlida, Michèle nous parle aussi de la situation des Polonais immigrés en France durant l'entre-deux-guerres, de la xénophobie dont ils ont été victimes, de la manière dont ils étaient traités. Beaucoup ont fui la misère et la répression causées par Pilsudski en Pologne pour finalement revivre la même chose en France, tout comme les Italiens qui cherchaient à fuir Mussolini, des militants principalement.

Michèle Lesbre livre un texte particulièrement émouvant duquel se dégage toute l'affection qu'elle portait à Victor. Elle fait preuve de beaucoup de tendresse quand elle évoque son ami, martyrisé par le temps et par la dureté de la vie qu'il a menée. De surcroit, l'aspect poétique de la plume de Michèle Lesbre, et l'ambiance émouvante qui s'en dégage, rendent ce texte fort et doux à la fois. Un merveilleux moment de lecture, et un parfait moyen de découvrir un héros discret resté dans l'ombre des barreaux…

Tag(s) : #Chronique Littérature

Partager cet article

Repost 0