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L'innovation Destructrice

En dehors de son activité politique, Luc Ferry, Ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche sous Chirac de 2002 à 2004, est un philosophe et un écrivain dont le dernier ouvrage, l'Innovation Destructrice, est paru il y a un an chez Plon et récemment au format poche chez Flammarion.

Dans ce texte d'une centaine de pages, Luc Ferry se penche sur les mécanismes indispensables au Capitalisme, et donc, forcément, sur l'innovation. Il faut savoir que l'innovation est devenue nécessaire pour la survie des entreprises. En effet, avec la mondialisation, les entreprises se retrouvent poussées à devoir constamment innover, dans tous les domaines, si elles veulent éviter la mort. Cependant, la France, d'après Ferry, se montre de moins en moins innovante et se désindustrialise de plus en plus. Il cherche ici à comprendre pourquoi, à comprendre ce qui l'empêche d'innover, etc. Cependant, le réel sujet de ce livre est tout autre. En réalité, Luc Ferry remet ici l'idée de "Destruction Créatrice" en perspective, idée avancée par l'économiste autrichien Jospeh Schumpeter comme étant l'une des bases du maintien du Capitalisme. Ferry la repense, la reformulant en "Innovation Destructrice". Pourquoi ? Car plus optimiste selon lui. Comme il le dit, ce n'est pas en détruisant que l'on crée (Destruction Créatrice) mais plutôt en innovant que l'on détruit (Innovation Destructrice). L'exemple donné est efficace, en jetant son Iphone 4 dans l'eau, celui-ci ne se transforme pas en Iphone 5, toutefois, en créant l'Iphone 5, l'Iphone 4 devient petit à petit obsolète. Un paradoxe assez surprenant que l'idée de détruire pour créer ou créer pour détruire.

Luc Ferry oppose aussi les idées de deux grands économistes sur la croissance du monde. D'un côté Schumpeter et de l'autre Keynes, économiste britannique. Tous deux sont à l'origine des mécanismes de croissance moderne à savoir, l'augmentation du nombre de consommateurs et du pouvoir d'achat pour Keynes et l'innovation pour Schumpeter. Le souci du premier mécanisme, celui de Keynes, ici simplifié, est qu'il ne pourrait résoudre le problème de la croissance tout en durant sur le long terme. Ferry nous démontre cela de manière très succincte, en raisonnant par l'absurde sans pousser plus loin le raisonnement, ce qui est dommage puisque, pour lui, le fait que la théorie de Keynes ne soit pas la bonne, fait que celle de Schumpeter est donc, naturellement, l'orientation à prendre pour amener la croissance. Je suis d'accord sur le fait que la théorie de Keynes ne pourrait durer sur le long terme et que celle de Schumpeter fasse le travail escompté, cela dit, il aurait été plus qu'intéressant d'avoir un raisonnement profond, poussé, tant pour démontrer le souci de la théorie de Keynes que la l'utilité de l'idée de Schumpeter.

Malheureusement, c'est à peu près cela tout le long de l'ouvrage. Si celui-ci est très intéressant, Ferry mêlant économie, philosophie et politique pour proposer son analyse, assez bien argumentée, poussant le lecteur vers une réelle réflexion de la société dans laquelle il vit, l'ensemble de l'écrit reste très moyen niveau du raisonnement. Commençons par le commencement. L'ouvrage est composé d'une introduction, de deux parties et d'une conclusion. La première partie concerne l'innovation, ce que j'évoque plus haut. Dans cette partie, Luc Ferry pose ses idées, ses arguments, etc. C'est bien fait. Ou disons que ce n'est pas mal fait. Mais les raisonnements ne vont jamais au bout de leur cheminement et ce, malgré les arguments mis en avant par l'auteur. L'écrit est vif mais très confus, à croire que celui-ci a été rédigé à la va-vite, pour le "fun", pour vendre, ne faisant qu'émettre des idées sans chercher à en faire quelque chose de concret. Souvent mal organisé, il n'est pas toujours facile de cerner là où veut en venir Luc Ferry. Certes, en bon vulgarisateur il met à la portée de tous l'économie, la politique et la philosophie économique, mais le tout vient s'embourber dans beaucoup de digressions, tournant en rond, répétant les idées en plus d'être particulièrement centré sur l'auteur lui-même avec des "Moi je" et un manque de neutralité. Il n'est pas rare de lire Ferry en train d'encenser ses amis, ou encore de parler de BFM comme de la "meilleure chaine d'informations". De surcroit, la seconde partie de l'ouvrage, non sans intérêt, est tout de même moins passionnante et plus personnelle que la première. J'avoue avoir un peu décroché lors de la lecture des 40 ou 50 dernières pages qui n'apportent rien à l'idée d'innovation si ce n'est quelques petites choses comme le fait que l'innovation n'est pas seulement économique mais aussi sociale et quelle touche la culture, la religion, l'éthique ou encore la morale en faisant avancer le monde (ou reculer, c'est selon). Mais Ferry y parle principalement du marché de l'art, de la bourse, etc. Là aussi, on est plus dans la digression qu'autre chose.

L'avantage de ce texte au final est qu'il n'est pas nécessaire d'être calé en économie pour comprendre ce vers quoi nous mène le capitalisme, mais aussi le pourquoi de son intérêt à l'heure actuelle. On y explique l'évolution des métiers, la disparition de certains, en somme, le pourquoi du comment de l'évolution de notre société. Le tout surmonté d'une petite critique de l'innovation pour l'innovation.

Tag(s) : #Chronique Littérature

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