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Metzger voit rouge

Paru en 2013 chez Carnetsnord, le premier tome de la saga de Thomas Raab, Metzger sort de son trou, m'avait totalement conquis. J'attendais donc la sortie de sa suite pour découvrir les nouvelles aventures du détective involontaire, Metzger. C'est chose faite, avec Metzger voit rouge, deuxième ouvrage signé par l'Autrichien Thomas Raab. Si le premier volume était un polar noir à 100%, l'auteur prend ici une direction toute nouvelle. On est toujours dans un récit policier, cependant, ce n'est pas l'intérêt premier de l'histoire qu'a imaginé Raab. Eh oui, suite à sa première aventure, Metzger est devenu "sociable". Enfin, "sociable"… c'est un bien grand mot. Disons plutôt qu'il est forcé à l'être, lui qui a maintenant trouvé l'amour en la personne de Danjela Djurkovic, son amour de jeunesse. Et alors qu'il assiste à un match de foot avec cette dernière, il est spectateur d'un acte de racisme des plus cruels. Un joueur du nom de Kwabena Owuso, gardien de but ghanéen remplaçant, est victime du racisme infondé des supporters. Mais à la reprise de la seconde mi-temps, le voilà qu'il s'écroule, raide mort, sur le terrain. Danjela, curieuse, décide de mener l'enquête, peut-être d'un peu trop prêt d'ailleurs…

Comme je le disais donc, le roman est un roman policier, cependant, il ne s'agit là que d'un prétexte pour écrire un livre, pour dire quelque chose mais de manière indirecte. En effet, tout l'intérêt de celui-ci réside dans les réflexions philosophiques de Metzger sur l'amour, sur les relations de couples, etc. Car oui, Metzger qui est désormais en couple se demande ce qu'il doit faire…doit-il emménager avec sa belle, ou continuer de vivre plus ou moins chacun de son côté, doit-il accepter l'aspect tactile de l'amour, etc. Des réflexions normales pour un homme qui n'a jamais connu l'amour et qui a toujours vécu seul, avec ses habitudes, ses manies et ses manières. Difficile donc de renoncer à tout cela, de changer, de devenir un autre homme. Ce qui est amusant, c'est qu'en voyant cela du point de vue de Metzger, effectivement, tout devient absurde. D'ailleurs, le style décalé et inventif de Thomas Raab colle parfaitement à son histoire. Il parvient à nous mener à des réflexions philosophiques intéressantes, mais toujours avec ce ton décalé. Cependant, ce n'est pas seulement l'amour que Raab développe ici. Son récit est là, aussi, pour dénoncer la corruption qui ronge le milieu du foot. Sans oublier les supporters, notamment ceux qui ont des tendances d'extrême droite, des supporters au comportement raciste, prêt à tout pour défendre leur nationalisme, un nationalisme de bas étage. Autant vous dire que Thomas Raab ne se gène pas pour dire ce qu'il a à dire. Il a un sens critique très acerbe et très aiguisé sur le monde et il ne fait que l'utiliser de nouveau. D'autre part, il fait ressortir ici toute la bêtise et l'absurdité des idées venant de l'extrême droite et du néonazisme, principalement celles concernant l'immigration, les étrangers. Le tout, en analysant l'arrière-cour du fanatisme sportif. Celui qui ronge le milieu, avec ces supporters qui ne cherchent qu'une seule chose, un moyen de se défouler sur les autres, une excuse pour insulter, etc. Il tape, sans subtilité aucune, sur l'extrême droite et les ultras qui se servent du football pour exprimer leur haine, leur brutalité, leur violence et leur aveuglement. Une philosophie assez noire, moqueuse et satirique, mais proche de la réalité.

Malheureusement, en dehors de cela, l'ouvrage n'est pas très intéressant. On se laisse plus ou moins prendre dans l'enquête, mais c'est surtout le premier tiers du bouquin qui captive. Dans les deux tiers restants, Thomas Rabb se contente de mener son enquête à terme, avec humour, métaphore, suspense, rebondissements et quelques idées amusantes sur la vie mais sans toutefois permettre au lecteur d'entrer totalement dans l'histoire. On sent bien que même l'auteur n'était pas très impliqué dans cette enquête qui tourne en rond et réutilise à plusieurs reprises les mêmes effets pour avancer. Cela dit, on rigole quand même pas mal, surtout lorsqu'on voit tout ce qui arrive à ce cher Metzger qui parvient tout le temps à se mettre dans le pétrin et dans les situations les plus absurdes, à croire qu'il le fait exprès. Mais voilà, ça traine en longueur. On a l'impression de survoler l'enquête qui, d'ailleurs, manque de profondeur.

Moins intéressant que Metzger sort de son trou, Metzger voit rouge reste sympathique à lire en grande partie grâce à sa critique du néonazisme, de la xénophobie, et des idées d'extrême droite qu'il remet en cause. Son ton humoristique ainsi que les critiques et les revendications intéressantes qui sont développées méritent d'être lues et entendues. Cependant, ne vous attendez pas à ce que l'enquête policière soit du niveau du premier tome des aventures de Metzger ou bien vous risquez d'être assez déçu, ce second n'étant clairement pas à la hauteur du premier d'un point de vue scénaristique, l'ouvrage se trouvant plus porté sur la relation amoureuse de Metzger et ses réflexions philosophiques sur l'engagement et l'amour.

Tag(s) : #Chronique Littérature

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