Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comme chaque mercredi, nous avons droit à un nouveau numéro du magazine Short Stories Etc. Cette semaine du 09 avril 2014, 3 nouveaux récits courts de trois auteurs différents.

Au sommaire du Short Stories Etc #14 :

Le mercredi, c'est Short Stories Etc ! #14

Un conte de fées de Brice Haziza

« Il n’avait plus vraiment d’âge. La preuve : il écoutait France Info dès le réveil sur son petit transistor jaune. Qui écoutait encore la radio sur un transistor ? Bientôt ça n’existerait plus, tout passerait par internet ou un de ces machins. Deux guerres en Afrique, le pétrole dont le cours semblait passionnant pour le monde entier, des résultats d’élection, des élections pas passionnantes du tout. Il n’avait plus vraiment d’âge, mais c’était son anniversaire. La radio c’était son évasion et en même temps son seul contact avec le vaste monde, son ancrage dans la vie des autres vivants. Peut-être grâce à elle qu’il ne devenait pas complètement fou. De ses doigts mouchetés de piqûres, de sang séché, de terre et de crasse, il tourna le bouton pour aller rencontrer une station Classique. Chopin. Ballade n° 1, Sol mineur, opus 23.»

Ar Gazeg Wenn de Yann Ewan

« Je ne vous connais pas, mais permettez-moi de vous présenter mes condoléances pour le décès de votre mari que je viens d’apprendre par Le Télégramme auquel, malgré l’éloignement, je suis toujours abonné. Si c’est à vous que j’écris, c’est pour partager un souvenir que je dois à votre époux. Je l’ai peu connu, je l’ai gardé au plus profond de moi depuis bientôt trente ans. La lettre que je vous adresse est, vous le comprendrez, bien plus adressée à lui, le vieux marin qui m’a guidé vers notre mer, qu’à quiconque : jetez-la, gardez-la, mettez-la avec lui dans la tombe. J’en reste, comme lui, le tabernacle.»

Rétroviseur de Grégory Hosteins

« Comment t’as fait, Samuel, pour rater ce foutu signal ? Pour passer à côté de cet orange qui flashe, de son cri d’alerte balancé sur les routes — à toi à moi, peu importe… peu importe Samuel — et transportant dans sa hâte, religieusement, l’ordre discret de s’arrêter, tout de suite : Ici, maintenant, car sans cela aucun événement ne serait plus à prévoir, en aucune manière, crois-moi, ni même contrôlé par qui ce soit. Dès lors l’irréversible pouvait à chaque instant pointer le bout de son nez : le flot de tôle, de plastique et d’huile, qui s’étire se contracte, se compresse se relâche, sans arrêt sur le bitume des jours qui défilent, le voilà qui se ramasse soudain, s’agglomère et se fond, et devient sur le chemin du retour une pâte incandescente noyant dans ses flammes, au milieu des sirènes, des fumées, ce qui reste de nos carcasses (chaudes) d’os et d’acier. C’est le rouge qui se fraie une voie sinueuse entre les angles bien droits des carrefours, entre les parallèles des chaussées, les verticales des immeubles, et les rebords des trottoirs. Le rouge qui courbe le monde en tout sens. Une matière qui coule. Un accident arrivé.»

Tag(s) : #News

Partager cet article

Repost 0