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La Planète des Tempêtes, quand les Russes font de la meilleure SF américaine que les Américains

Quand on parle de science-fiction, n'importe qui est capable de citer des films du genre, mais il s'agit principalement de films venant tout droit des États-Unis, Star Wars, Star Trek, Blade Runner, Alien, Avatar, 2001 : l'odyssée de l'espace, et j'en passe. Cependant, on trouve peu de monde capable de parler de SF en dehors de ce que les Américains ont fait. On a donc tendance à oublier la SF russe qui est ainsi totalement inexistante à l'échelon Français. C'est normal parce que ce sont des productions très mal représentées à l'international, et jusqu'à aujourd'hui moi-même je n'en connaissais pas. Bien sûr, Artus films est là pour pallier cette terrible injustice en éditant, début mai 2014, La Planète des Tempêtes, un Planet Opera russe qui n'a vraiment rien à envier à ses maitres puisqu'on y retrouve tous les codes de la SF américaine, à savoir, les vaisseaux, les robots, les plantes carnivores, les dinosaures, la technologie, les extraterrestres, les vaisseaux spatiaux, l'aventure, etc. A ces codes viennent simplement s'ajouter l'âme de la SF russe de l'époque Soviétique.

La Planète des Tempêtes, quand les Russes font de la meilleure SF américaine que les Américains

Mais qu'est-ce que cette "âme de la SF russe de l'époque Soviétique" ? Pour le comprendre, il est assez important de replacer le film dans son contexte historique. Ce métrage est sorti en 1962. A cette période, l'URSS était en pleine Guerre Froide avec les États-Unis, mais surtout, entre les deux puissances se tenaient une course à l'espace. En 1961, le Russe Youri Gagarine devient un héros national en étant le premier homme à avoir voyagé dans l'espace. C'est par cet événement et ce qui l'entoure que Planeta Bur - titre original - a été inspiré. En dehors de cela, il faut savoir qu'à cette époque en Union Soviétique, la plupart des films, voire même tous les films, étaient financés par l'État entrainant donc une certaine censure et des obligations pour les réalisateurs, les scénaristes, et le reste de l'équipe technique. Planeta Bur étant sorti environ un an après le voyage de Youri Gagarine dans l'espace, on peut s'attendre à un film de propagande à la gloire de la Russie, un truc ultra patriotique contre les Américains et le capitalisme. Pourtant, ce n'est pas du tout le cas, Pavel Klouchantsev est parvenu à éviter cela. Bon, on y trouve bel et bien quelques élans patriotiques et un message propagandiste affirmé, mais ce n'est en rien gênant. C'est affirmé, mais aucunement imposant. Si on note parfois des messages à la gloire de l'URSS et du communisme, on trouve en même temps des critiques de cette propagande forcée. Notamment au tout début du film où est diffusée une transmission radiophonique disant que les cosmonautes soviétiques se portent très bien, que l'expédition est une réussite, puis on découvre ces fameux cosmonautes qui sont en réalité dans une impasse et totalement désespérés. Il critique donc la propagande faite en mentant sur le moral des soldats, sur le déroulement des événements, etc, et en parallèle, il transmet la propagande obligatoire. Toutefois, il est certain que Pavel Kloushantsev a fait tout son possible pour réaliser un film de SF se libérant au maximum du joug du communisme et du gouvernement de son pays.

La Planète des Tempêtes, quand les Russes font de la meilleure SF américaine que les Américains

Et cela fonctionne parfaitement bien puisque au final on se retrouve face à un film de SF soviétique qui aurait pu être américain que cela ne dérangerait personne et que personne ne s'en rendrait compte. C'est une série Z qui colle parfaitement aux canons et à l'esprit de ce qui se faisait dans les grandes Majors de l'époque. Toutefois, ce n'est pas n'importe quel film de SF, mais un film de SF "à l'ancienne" - pour notre temps bien évidemment - et du coup, c'est l'aventure qui prime sur le reste. On ne se prend pas trop la tête avec des considérations métaphysiques profondes. Le scénario reste simple et léger, on suit l'expédition catastrophe de plusieurs cosmonautes sur Vénus qui sont embarqués dans la traversée d'une planète où ils doivent affronter des créatures géantes, tout en ayant pour compagnon un robot. C'est un spectacle jouissif, et on prend toujours beaucoup de plaisir à visionner ce style d'aventures prenantes en plus d'être divertissantes de bout en bout. Ce sont des films qui vieillissent visuellement, certes, mais le plaisir qu'ils procurent aux fans restent quant à lui intact. Franchement, qui peut refuser de voir des vaisseaux spatiaux ultra cool, des robots super fun, des dinosaures, des extraterrestres, de splendides décors, etc ? Puis nous avons droit à cette naïveté des dialogues et des jeux d'acteurs. Ça contribue à son charme, comme le petit kitsch qui se dégage de ces réalisations et de leurs effets spéciaux, qui sont ici particulièrement réussis et même époustouflants bien malgré leur minimalisme - mais le minimalisme n'empêche pas de faire de grandes choses. C'est daté, mais c'est amusant et on est obligé de regarder ça de l'œil d'un gamin. C'est beau, c'est fantastique, et c'est magique tout bêtement. La Planète des Tempêtes a beau avoir une réalisation et un budget modeste, tout ce qu'il faut pour plaire y est et c'est largement suffisant pour que le spectateur puisse effectuer son voyage dans des contrées lointaines et inconnues.

La Planète des Tempêtes, quand les Russes font de la meilleure SF américaine que les Américains

Le seul défaut que j'ai pu trouver à la production de Pavel Kloushantsev est d'ordre scénaristique. Pavel Kloushantsev et le scénariste Aleksandr Kazantsev font preuve de beaucoup d'originalité dans le choix du théâtre de l'action de Planeta Bur : Vénus. On était bien plus habitué à voir des métrages qui prenaient place sur Mars ou sur la Lune. Avec Vénus, on est complètement plongé dans l'inconnu, de ce fait, notre peur et notre terreur ne se montre que plus forte en plus d'être grandissante tout au long du film au vu des nombres rencontres que l'on fait - dinosaures, plantes carnivores géantes, créatures terrifiantes. Un grand combat contre une Nature totalement déchainée s'engage sous nos yeux. Cette Nature ne veut laisser aucun intrus survivre sur sa planète et ses foudres s'abattre sur ces sujets indésirables. C'est à la fois un clin d'œil et une critique à/de notre propre existence : à nous qui nous développons au maximum tout en écrasant la Nature, Pavel Kloushantsev nous dit qu'un jour cela va se retourner contre nous. Après, comme je le disais plus haut, le scénario se passe en surface et on ne va jamais creuser très loin. De bonnes idées sont avancées, mais soit elles ne sont pas amenées correctement pour être comprises par le spectateur, soit elles sont sous-exploitées et totalement oubliées au bout d'un court instant. C'est le cas de la mystérieuse apparition à la fin du film. Elle est surprenante mais aurait dû surgir beaucoup plus tôt dans le script histoire de lui donner plus de consistance, de la développer et de permettre ainsi d'allonger la durée du film - qui n'est que d'une heure et vingt minutes. C'est dommage parce que la forme est excellente, mais le fond est un tantinet faible. L'apparition finale vient d'ailleurs conforter les hypothèses et théories émises au cours du film concernant la vie sur Vénus. Elles sont farfelues mais tout à fait cohérentes, et comme rien ne vient leur donner de l'importance, elles restent à l'état d'ébauche. C'est assez regrettable.

Cela dit, La Planète des Tempêtes un bon film de SF. Pavel Klouchantsev est un réalisateur respecté de tous et il a eu une sacrée influence sur nombre de ses confrères. Stanley Kubrick a dit lui-même que s'il n'avait pas vu En route vers les étoiles, un docu-fiction de Pavel, 2001 : l'odyssée de l'espace n'aurait pas eu la même allure. Comme quoi la SF soviétique n'est pas à exclure du paysage cinématographique. D'ailleurs, La Planète des Tempêtes a été commercialisé dans 28 pays, et il est l'un des rares films de SF russes à avoir eu un succès à l'international. Avec ça, Pavel Klouchantsev montre que la Russie, bien que discrète côté réalisations fantastiques, est capable de faire autant voire plus que ses homologues américains. Ce film restera donc dans les annales de l'histoire du cinéma bis pour un bon moment !

Rendez-vous le 6 mai 2014 pour vous procurer le film en DVD.

La Planète des Tempêtes, réal. Pavel Klouchantsev, éd. Artus films, 78 min, sortie : 6 mai 2014.

La Planète des Tempêtes, quand les Russes font de la meilleure SF américaine que les Américains

Fiche technique :

Durée : 78 minutes Versions : français, russe Sous titres : français Format 1.37 original respecté 16/9ème compatible 4/3 Couleur

Synopsis :

Trois vaisseaux spatiaux quittent la Russie à destination de Vénus. A l'approche de la planète, un vaisseau est détruit, un autre reste en orbite, et le dernier parvient à se poser. Les cosmonautes, parmi lesquels un Américain et son robot «John», partent explorer la planète. Alors qu’ils rencontrent d’étranges et inquiétantes créatures, un volcan entre en éruption…

Tag(s) : #Critique Cinéma, #Cinéma

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