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Moi, Lucifer, un portrait très intime du Diable

Titre : Moi, Lucifer
Auteur : Glen Duncan
Éditeur : Folio SF
Pages : 368
Quatrième de couverture : «Prisonnier (par la volonté de Dieu) du corps d'un écrivain fraîchement suicidé et chichement membré, moi, Lucifer, Ange Déchu, Porteur de Lumière, Prince des Ténèbres, de l'Enfer et de ce Monde, Seigneur des Mouches, Père du Mensonge, Suprême Apostat, Tentateur, Antique Serpent, Séducteur, Accusateur, Tourmenteur, Blasphémateur et, sans contestation possible, Meilleur Coup de l'Univers Visible et Invisible (demandez donc à Ève, cette petite garce), j'ai décidé – ta-daaah ! – de tout dire.
Tout? Presque. Le funk. Le swing. Le boogie. Le rock…
C'est moi qui ai inventé le rock. Si vous saviez tout ce que j'ai inventé : la sodomie, bien sûr, la fumette, l'astrologie, l'argent... Bon, on va gagner du temps : tout, absolument tout ce qui vous empêche de penser à Dieu. C'est-à-dire à peu près tout ce qui existe.»
Moi, Lucifer est un hilarant portrait du diable, sous forme de confession pour le moins très i
ntime…

Avant de m'attaquer à Moi, Lucifer, l'auteur British, Glen Duncan, était pour moi un illustre inconnu. Duncan, après avoir fait des études de philosophie et de littérature, est parti pour Londres, afin de vendre, pendant quatre ans, des livres dans une librairie. Puis en 1997, il publiait son premier roman, Hope. Mais entre 1997 et 2014, il aura écrit seulement 10 romans, dont Moi, Lucifer, son troisième livre, un récit plutôt… atypique.

Un petit résumé de Moi, Lucifer, s'impose de force pour la compréhension d'une partie de la critique. Moi, Lucifer donc, est, comme vous avez dû le comprendre, l'histoire de Lucifer, l'Ange Déchu devenu le Diable, Satan. Ce cher Lucifer se retrouve prisonnier, par la volonté de Dieu, dans le corps d'un écrivain, Declan Gunn, durant un mois, afin de lui donner l'occasion d'effectuer sa rédemption. Cependant, et même pour sa rédemption, Lucifer ne supporte pas de suivre des ordres, et encore moins ceux qui lui sont donnés tout droit d'en haut, par Lui. Il va donc faire totalement l'inverse de la mission qui lui est confiée, et va passer un mois de pur excès dans le corps de Gunn.

Se trouve alors, entre nos mains, le manuscrit de Lucifer dans lequel il relate son expérience dans le corps d'un humain, en l'occurrence, Declan Gunn, mais pas que puisqu'il nous conte aussi ses nombreux souvenirs du temps où il était encore ange au Paradis, ainsi que sa rébellion face à Dieu (qu'il nomme sympathiquement Papy), sa chute, sa vie en Enfer ou encore la création de ce lieu. À tous ces souvenirs, particulièrement amusants, s'ajoutent des anecdotes qui n'ont pas à voir directement avec Lucifer (bien qu'il soit certainement derrière tout ça…), comme par exemple un petit passage de la vie D'Himmler ou bien de la fameuse chasse aux sorcières. En somme, ce récit est son autobiographie, ou plutôt ses Mémoires. J'ai été conquis par cette idée, très intéressante, celle d'écrire ce livre sous forme de confessions. D'autant plus qu'en général, nous connaissons Lucifer uniquement comme l'Ange Déchu, comme le Diable et Satan. Mais rien d'autre. Et là, avec Moi, Lucifer, on se retrouve plongé au sein même de sa vie et de son esprit démoniaque, et c'est particulièrement délectable. En plus de ça, le Lucifer de Glen Duncan est absolument différent de ce à quoi l'on pourrait s'attendre. Si l'on décrit ce Diable comme quelqu'un de méchant, de maléfique, vicieux et mesquin, etc, il est ici joyeux et triste, méchant et gentil, rude et tendre, et au travers de ces pages, au fil de ses paroles, il nous dévoile ses souffrances, ses secrets les plus profonds et sa personnalité, à tel point que par moments, nous serions presque prêts à nous laisser attendrir par ses dires (malgré tout, mieux vaut se méfier, il reste le mal et la tentation ! ahah). Outre la partie (auto)biographique, Glen Duncan revisite complètement l'histoire de la Bible, que ce soit la création d'Eve, celle d'Adam, celle des Hommes et des anges, etc. Il n'hésite pas à se moquer ouvertement (et subtilement) de la religion Catholique, de ses fondements ou encore de la thèse du Créationnisme.

Glen Duncan n'a peur de rien. Il ne mâche pas ses mots et tape, avec beaucoup de talent et de maîtrise, à grands coups d'ironie, d'humour noir, et de sarcasme, sur notre monde et son fonctionnement, qu'il tourne, par la même occasion, au ridicule. Il se plait dans la désinvolture et la provocation, et il nous le montre très bien. Bien sûr, la religion n'est pas la seule chose critiquée dans cet ouvrage. L'humanité, la société, tous y passent. Le portrait qu'il dresse de tout cela est très froid et très cru. Anticlérical, anticapitaliste, pour l'homosexualité, et partage entre haine et amour pour l'Homme, l'auteur partage avec nous ses opinions sur divers sujets. Toutefois, Duncan reste totalement lucide, et l'ambiance très sombre, reflète parfaitement bien l'ambiance de notre société. Mais Lucifer, Declan Gunn et Glen Duncan, ne seraient-ils pas, finalement, une seule et même personne ? On sent que chacun est désabusé face à la situation et à la société. De surcroît, Declan Gunn n'est autre que Glen Duncan écrit en inversant certaines lettres. Il me paraît clair que Duncan se met en scène lui-même dans un récit fictionnel afin de nous transmettre ses idées et de faire passer ses critiques. Malheureusement, malgré toutes les excellentes idées avancées, tant dans l'histoire que dans l'écriture, le récit reste totalement décousu, les nombreux changements de période, lieu et les diverses réflexions de Lucifer ne font que nous plonger et nous enterrer dans une lecture difficile. Les bonnes idées s'enchaînent mais sont assemblées très maladroitement, et la fluidité de la lecture prend un coup. Enfin, le récit est beaucoup trop long, Duncan tourne en rond. C'est dommage parce que sa plume est très plaisante, mais la structure narrative de l'ouvrage est bancale, et on ne peut rien y faire.

Saviez-vous que Lucifer a couché avec Eve ? Qu'Adam est un imbécile ? Ou que Lucifer ne supportait pas Jésus ? Non ? Eh bien Moi, Lucifer devrait vous l'apprendre ! Plus sérieusement, Moi, Lucifer est loin d'être un mauvais roman. Toutefois, il faut s'accrocher si vous ne voulez pas décrocher. Long et lourd, le texte, bien que bancal, reste tout de même très drôle et permet de passer un bon petit moment délirant. Par contre, ne vous attendez pas à être marqué à vie par cette histoire !

Tag(s) : #Chronique Littérature

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