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Gun Machine, un polar urbain au rythme effréné

Titre : Gun Machine
Auteur : Warren Ellis
Illustrateur : -
Éditeur : Éditions du Masque
Pages : 304
Description : John Tallow est un flic new-yorkais typique : célibataire, désabusé, plus trop dans le coup. Son équipier de toujours, lui, c'est le bon flic, celui que tout le monde aime. Ils sont appelés pour intervenir dans un immeuble décati de Pearl Street, où un forcené en surpoids nu comme un ver hurle et tire sur tout ce qui bouge dans la cage d'escalier. Rosato monte le premier, se fait exploser le cerveau devant Tallow, impuissant, qui est éclaboussé des restes gluants et visqueux de son co-équipier. Fou de rage, il décharge son flingue sur le forcené et défonce en même temps le mur d’un appartement. Quand les techniciens de scène de crime arrivent sur place, ils tombent nez à nez avec une centaine d'armes, fixées sur les murs, du sol au plafond... Des armes qui semblent correspondre à des meurtres non élucidés. Convoqué par sa supérieure, Tallow se fait passer un savon. Le meilleur flic de la brigade est mort et les voilà avec un arsenal d'armes relié à des cold cases sur les bras. Sa punition : démêler l’affaire avec pour seule aide deux bras cassés. Une journée qui commence très mal...

Après son premier roman, Artères Souterraines, le scénariste et écrivain anglais Warren Ellis revient avec un second roman, moins provocateur, mais tout aussi passionnant, Gun Machine.

Le premier roman de Warren Ellis, Artères Souterraines, nous proposait de voyager dans les milieux les plus underground du pays de l'Oncle Sam, les États-Unis. Nous avions donc droit à une scène de Godzilla Bukkake, à des injections de saline dans les testicules, et bien autres toutes aussi absurdes et amusantes les unes que les autres. Pour Artères Souterraines, Ellis avait tout misé sur l'impact des scènes hard sur le lecteur, et sur l'absurdité des situations que rencontraient ses personnages. Mais avec Gun Machine, c'est une nouvelle direction que Ellis prend, et si le récit reste passionnant du début à la fin, la côté provocateur a, quant à lui, laissé place à une histoire policière bien plus réaliste, sans pour autant devenir un polar banal.

La scène d'ouverture de Gun Machine donne une assez bonne idée de l'ensemble du bouquin et de ce à quoi l'on pourra s'attendre. Nous y faisons la rencontre du lieutenant John Tallow, un flic banal malgré son grade. Avec lui se trouve son coéquipier Jim Rosato, l'un des meilleurs agents du NYPD. Cependant, alors qu'ils interviennent dans un vieil immeuble de Manhattan, Rosato se fait violemment descendre par un gros malade à poil sur son pallier qui brandit un fusil. Tallow réagit sur le coup et dézingue à son tour le forcené qui s'étale par terre, toujours cul-nu, avec violence, sang et morceaux de cerveau qui giclent à la clé. Cependant, dans l'appartement en face de celui où vient de se dérouler l'action, Tallow découvre une planque contenant des centaines d'armes qui ont toutes été utilisées pour commettre un meurtre resté jusqu'à ce jour non-résolues. John Tallow se voit confier l'affaire. 200 homicides à résoudre pour un seul homme… Heureusement pour lui, il a la chance (pas sûr…) de pouvoir s'associer à deux agents de la police technique et scientifique totalement farfelues, Scarly et Bat.

C'est autour des trois personnages principaux que sont Tallow, Scarly et Bat que toute l'histoire va tourner. Ce sont eux qui vont devoir résoudre l'affaire déterrée par le malheureux Tallow, eux qui vont encaisser toutes les conséquences de cette affaire qui s'étend sur plus de 20 ans et qui n'a jamais pu être résolue. Le souci, c'est qu'il ne s'attaque pas à n'importe qui, mais au "Chasseur", un type complètement barré qui se prend pour un Amérindien et qui est en plus de ça un véritable fantôme. Personne ne l'a jamais vu, personne ne sait qui il est, ni à quoi il ressemble, on ne connaît rien de lui et lui parvient depuis tout ce temps à se cacher et à vivre marginalement. Il tue sa victime sans se faire repérer, et il décampe aussitôt toujours sans qu'on ne l'aperçoive. Une sorte d'agent secret du mal, le Satan du crime. Cela rend donc l'enquête considérablement plus dur qu'elle ne l'est déjà, et le souci pour Tallow c'est qu'il ne veut pas vraiment être un flic, il faisait tout pour ne pas avoir l'air d'être un vrai flic, et avec sa découverte, il n'a d'autre choix que de faire ce pour quoi il est payé malgré qui se retrouve propulsé dans l'inconnu. Après la mort de son coéquipier et la découverte des 200 armes ayant servi dans 200 homicides, c'est carrément la théorie du pire, la loi de Murphy qui s'empare de sa vie et qui la contrôle (comme Artères Souterraines). Tout le monde se ligue contre Tallow parce qu'à cause de lui, des centaines d'enquêtes sont rouvertes et ça les emmerde tous de devoir se charger de ça, mais tout le monde se fout complètement de l'état mental de Tallow qui vient de voir son pote crever et qui se trimballe encore des morceaux de crâne sur sa chemise. C'est très récurrent chez Warren Ellis qui prend plaisir à accabler ses personnages des pires situations possibles, de situations que l'on pourrait croire insolvables.

Nouvelle histoire et nouvelle narration. Le schéma narratif employé ici par Warren Ellis est finalement assez classique contrairement à Artères Souterraines. J'ai eu l'impression de me retrouver dans un roman Thomas Harris. En effet, on suit à la fois les déboires de Tallow qui cherche sans relâche à trouver ne serait-ce qu'un petit élément pour avancer dans son enquête et coincer le tueur, et le tueur qui, lui, tente de ne pas se faire choper et de continuer à sévir. On a donc une alternance de chapitre sur l'un et sur l'autre. Mais même si cette narration est classique, elle reste particulièrement efficace parce qu'en plus de connaitre chaque élément découvert par Tallow, on a une longueur d'avance sur lui en connaissant les moindres faits et gestes du criminel, et la tension ne cesse de grimper. Surtout dans certaines scènes où Warren Ellis prend un malin plaisir à faire trainer, sur une ou deux pages, le suspense qui devient insoutenable et qui fait bien monter le rythme cardiaque du lecteur qui n'a qu'une envie, sauter les pages et aller directement à la révélation. A ça, on ajoute un rythme particulièrement effréné, une intrigue originale et on obtient un polar passionnant.

Bien moins irrévérencieux, Warren Ellis ne se gêne quand même pas pour critiquer les États-Unis. Avec un langage et des dialogues crus et percutants, il peint, une fois de plus, le portrait d'une Amérique rongé par la corruption, la violence, le sexe et le crime. Mais il reste tout de même bien plus gentil que dans Artères Souterraines où la critique s'étalait sur presque 300 pages et qui vaut vraiment le détour et que je vous conseille vraiment de lire.

Ce n'est pas nouveau, lire du Warren Ellis est un pur plaisir. Il est un scénariste talentueux, et la narration de ses romans bénéficient de son expérience dans le comics, offrant ainsi un nouveau visage à la littérature, notamment au polar qui est le genre littéraire de prédilection d'Ellis. En tout cas, il est certain que Gun Machine vous fera passer un excellent moment !

Tag(s) : #Chronique Littérature

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