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Triple A, l'argent ne fait pas toujours le bonheur...

Titre : Triple A
Auteur : Chris Morgan Jones
Illustrateur : -
Éditeur : Les Deux Terres
Pages : 380
Quatrième de couverture : Ben Webster, employé d’une agence de renseignements, accepte avec réticence d’enquêter sur les affaires de Darius Qazaï. On attend de lui un rapport conforme à l’image du milliardaire iranien en exil : charismatique, respectable en affaires et père de famille généreux. Mais Webster refuse de tenir pour acquise cette réputation irréprochable. Il fouille dans le passé d’un collaborateur de Qazaï, dont la mort récente ne peut être fortuite. Ce qu’il apprend va le lier inexorablement à Qazaï et les mettre en péril, eux et leurs familles. De Londres à Dubaï, en passant par le lac de Côme et Marrakech, Webster reconstitue le parcours personnel et financier du milliardaire, jusqu’à lui faire perdre son triple A.

L'argent est souvent au cœur des pires affaires que nous avons pu connaitre, il est source de conflits, de discordes, de guerres, mais il est aussi source de pouvoir pour ceux qui le possèdent en masse. Triple A, le dernier roman de l'auteur Chris Morgan Jones, y fait référence. Certes, le terme Triple A renvoie, normalement au monde de la finance pur et dur, mais Morgan Jones, lui, l'utilise plus dans le sens Argent. Et il va nous montrer que cet argent peut faire de terribles dégâts…

Mettre en place une intrigue puissante et bien ficelée qui tourne autour de l'argent, sans pour autant tomber dans les clichés habituels, et le "déjà-vu" n'est pas chose facile. Excepté dans le cas où l'on se nomme Chris Morgan Jones, qu'on a bossé 11 ans pour la plus grande agence de renseignements du monde, que l'on est spécialiste des litiges complexes, et que l'on connait le monde de la finance, et ses magouilles quasiment sur le bout des doigts. Triple A puise toute sa force dans le passé de l'auteur qui sait parfaitement de quoi il parle, et qui connait les petits secrets de ces milieux quelque peu "fermés". Il serait d'ailleurs très difficile de remettre en question la véracité des propos et des faits qui se déroulent dans ce récit, bien qu'il reste une fiction.

Si le début de Triple A risque de vous paraitre quelque peu ennuyant, cette impression va très vite laisser place à une certaine curiosité face à l'intrigue et à l'ambiance qui vont se créer petit à petit. D'autant plus que l'ouverture du roman ne laisse en rien présager la suite des événements qui va, à coup sûr, vous surprendre. On démarre sur les funérailles de Cyrus Mehr, un spécialiste iranien en art iranien. Durant les premières scènes de l'ouvrage, nous découvrons les différents protagonistes, Ben Webster, un détective privé. Darius Qazaï, un homme d'affaire milliardaire. Ike Hammer, un autre détective privé pour qui bosse Webster. Et enfin, Yves Sénéchal, l'avocat de Qazaï.
Comme je le disais un peu plus haut, le premier contact ne donne pas vraiment envie d'en lire plus. C'est lent, il ne se passe pas grand-chose, et hormis le fait qu'il s'agisse d'une enquête policière aux relents de thriller, on n'a qu'une très vague idée de ce qu'il va arriver par la suite. Pas suffisant en tout cas pour que l'on veuille continuer l'aventure. Mais en réalité, ce début de roman permet simplement à Morgan Jones d'introduire rapidement les bases de son récit, de nous mettre un peu dans le contexte du scénario qui va prendre forme en nous donnant un très léger aperçu.

Même si notre petite appréhension de départ disparait, et que la suite du récit devient beaucoup plus intéressante, le rythme lent déjà présent, persiste. L'histoire évolue, c'est certain, l'intrigue se développe encore, nous apprenons à connaitre les personnages, etc, mais le tout se fait plutôt lentement. En plus de ça, les deux premiers quarts du bouquin sont plutôt avares en rebondissements, suspense et action qui sont quand même la base de tous bons romans policiers et Thriller. Mais ne vous inquiétez pas, c'est voulu par Chris Morgan Jones qui nous donne quand même quelques passages bien chargés et suffisamment intenses pour maintenir le lecteur dans sa toile. Il nous offre le strict minimum, mais ça suffit à nous garder avec lui, et on est vraiment captivé par le chemin, très sinueux et logique à la fois, que le récit emprunte.
Il faut savoir que les 200 premières pages sont plus axées sur l'aspect reportage teinté de fiction. Un peu comme une sorte de documentaire dans lesquels les scènes sont rejouées pour bien montrer aux téléspectateurs ce qu'il s'est passé. On découvre donc comment se déroule une enquête avec un privé, et c'est très intéressant à voir, les petites recherches préliminaires, les entretiens avec le client, etc, tout y est, c'est très détaillé, et ça permet de bien cerner le fonctionnement des choses. La toile de fond se tisse petit à petit, se montrant extrêmement complexe et travaillée, et révélant une intrigue bien plus intelligente que ce que l'on pourrait croire. Puis d'un coup, la direction de l'histoire change complètement. Fini le contemplatif, les rebondissements s'enchainent, le suspense avec des cliffhangers très fort à chaque fin de chapitre, impossible de décrocher du bouquin, surtout après un retournement de situation pareil...

Le récit prend des allures de complot, le lecteur, tout comme Webster, ne sait plus qui croire et qui ne pas croire, on se retrouve déstabilisé face à la situation qui s'envenime de plus en plus. On se rend compte qu'une dangereuse menace s'oppose à Webster et Qazaï, et on sent que celle-ci englobe tout le reste de leur entourage, c'est très pesant. La tension, jusqu'alors plutôt faible, monte fortississimo, et on découvre un Webster humain, qui n'est plus maitre de son destin et qui devient une marionnette aux mains de personnes bien plus puissantes que lui. Son côté héros irréfléchi prend d'un seul coup le dessus sur son côté professionnel. On le voit alors brisé, détruit par la difficile situation qu'il traverse et qui se répercute sur son couple et sa vie privée. Tout lui retombe dessus tandis que lui ne fait qu'essayer de mettre tout le monde en sécurité et de rétablir la vérité. Il est humain, et il le montre. Mais c'est aussi le cas des autres personnages, principaux comme secondaires, qui paraissent très vrais et uniques aux yeux des lecteurs. Plus on approche de la fin, et plus on a l'impression que tout est perdu, qu'il n'y a aucune échappatoire possible pour Webster...

Triple A est indéniablement l'une des meilleures parutions de ce début d'année 2014. Ce n'est pas la première aventure de Ben Webster, L'or noir des oligarques nous le faisait découvrir pour la première fois, mais ici, Chris Morgan Jones est bien au dessus avec son intrigue politico-financière très réaliste, lui permettant, par la même occasion, de donner son avis sur la censure, sur une sorte de totalitarisme et d'embargo mis en place dans certains pays afin de limiter et de réduire l'accès et la diffusion des informations, la liberté d'expression, etc. En bref, un bouquin qui se lit d'une traite et qui vous donnera une vision nouvelle de la classe des super riches.

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Tag(s) : #Chronique Littérature

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