Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Artères Souterraines, l'underground devient-il mainstream ?

Titre : Artères Souterraines
Auteur : Warren Ellis
Illustrateur : -
Éditeur : Livre de Poche
Pages : 288
Description : Michael McGill, un détective privé à la dérive, est embauché pour retrouver une version de la Constitution des États-Unis comportant des amendements écrits à l'encre invisible...[suite]

Warren Ellis est un artiste très connu et très apprécié pour son travail de scénariste de comics pour de nombreux éditeurs tels que Avatar Press, Marvel, DC, Wildstorm ou encore Vertigo. En parallèle de ça, Warren Ellis ne chôme pas, loin de là, scénariste de jeux vidéo, il est aussi écrivain et a déjà signé quatre romans dont Artères souterraines, paru au format poche chez Livre de Poche en janvier 2014.

Ellis n'est pas comme les autres, il ne fait rien comme les autres. Avec Artères Souterraines, nous découvrons le détective privé Mike McGill qui reçoit un jour la visite de types sapés comme les "Men in Black" qui lui amènent alors le chef du cabinet du président des États-Unis, drôle de visite. Ce dernier confie alors à McGill une mission particulière, celle de retrouver la Seconde Constitution des États-Unis que Nixon a échangé contre les faveurs d'une chinoise de la baie de San Francisco et qui passe désormais de main en main. Pour cela, l'homme donne à McGill un demi-million de dollars ainsi qu'un ordinateur de poche dernier cri contenant toutes les informations des enquêtes précédentes.

Simplement avec ce résumé, vous savez à quoi vous attendre de ce roman à l'image de ce que Warren Ellis nous a quasi toujours offert. Le ton de la série est donc donné : Trash et déjanté !
Tout dans cet ouvrage est trash. Les personnages tout d'abord. Mike McGill est un privé aigri qui porte une grande haine au monde. Il n'a pas de boulot, il vit jour et nuit dans son bureau, il ne se lave pas ou peu, il porte la même chemise durant des jours à tel point que celle-ci devienne jaune sous les aisselles, c'est un ancien alcoolique, etc. Au final, il est totalement à l'opposé des détectives que l'on connait comme Sherlock Holmes ou Hercule Poirot. En plus de ça, les affaires sur lesquelles il bosse sont particulièrement bizarres, McGill est un attrape merde incroyablement efficace. Ce n'est pas pour rien que cette mission lui a été confiée.
Nous avons ensuite le chef du cabinet. Un homme petit et mesquin, accros à l'héroïne, qui aime se shooter, nu, couché sur un lit dans une chambre d'hôtel, pendant que ses intestins se vident tout en regardant les mannequins de la chaine Fashion Channel. Ce n'est pas du tout le type de personne que l'on pense pouvoir retrouver à un poste si haut placé.

Tout au long du roman, les personnages que l'on rencontre sont tous plus loufoques et bizarres les uns que les autres, et les situations que vit McGill le sont tout autant. Il se retrouve plongé dans les milieux les plus underground de l'Amérique, et doit subir des expériences assez spéciales comme par exemple une injection de solution saline dans les testicules avec un groupe d'homosexuels, regarder la projection d'un film de Godzilla Bukkake avec des personnes qui se masturbent devant ces films de monstres japonais, et c'est ça pendant les presque 300 pages qui composent le roman. Autant vous dire que l'intérêt du bouquin réside surtout dans l'ambiance qu'il dégage et dans les situations traversées par les personnages.

Ellis joue à fond la théorie du pire, la loi de Murphy, et c'est ça qui prend le dessus sur l'intrigue. On ne veut pas savoir comment va se terminer l'histoire, ni qui détient le bouquin perdu, mais quelles merdes vont arriver à McGill. On a droit à de nombreux retournements de situation plus étonnants et surprenants les uns que les autres, tout en étant très drôle.
Grâce à son style très trash, ainsi qu'à sa maitrise parfaite de l'ironie, du sarcasme et de l'humour noir et salace, Warren en profite pour glisser une très longue critique des États-Unis plus ou moins explicite. McGill est un personnage totalement en dehors de son époque et du temps. À l'ère du numérique et du high-tech, à une époque où les mœurs changent et évoluent, McGill se retrouve totalement désemparé. Il n'arrive pas à s'adapter. Warren Ellis critique, à l'aide de son privé, le puritanisme américain, tout en essayant de montrer aux lecteurs que le monde évolue (en bien ou en mal), que les gens ne sont plus les mêmes. Les pratiques sexuelles changent, il le montre avec un petit passage expliquant l'image que génère le porno, une image dégradante pour la femme. Les "dérives" sexuelles font partie intégrante du récit, tout comme la décadence du monde et de l'humanité, ou encore la folie et la bêtise grandissante chez l'homme. La critique est bien plus profonde que ça, je vous laisse le soin de la découvrir par vous-même car chacun n'en tirera pas les mêmes conclusions. En somme, Ellis tente de nous expliquer que ce qui n'était pas très courant ou accepter avant est désormais très banal et de nouveaux extrêmes se créeront. Une analyse de la société plutôt intelligente mais que chacun n'acceptera pas forcément.

Nous connaissions Warren Ellis auteur de BD, nous découvrons désormais Warren Ellis auteur de romans. Avec un langage cru et un vocabulaire dur, Ellis nous entraine dans une aventure au rythme effréné qui ne laisse place à aucune une pause pour le lecteur comme pour les personnages. Un récit trash, mais un trash au service de l'histoire, qui ne possède que peu, voire pas du tout, de longueur. Warren Ellis possède un style très fluide et plaisant à lire, tout s'enchaine naturellement malgré la succession de rencontres et de situations farfelues. Toutefois, la trame principale est assez linéaire, il y a donc très peu de suspense et de rebondissements. Mais artères souterraines est un excellent roman délirant et attractif du début à la fin !

CITRIQ
Tag(s) : #Chronique Littérature

Partager cet article

Repost 0