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[Interview] Anthony Boulanger, auteur de Écosystématique de Fin de Monde

Première interview que je vous propose sur Flynn SFFF, et je suis heureux, même très heureux d'avoir pu faire cette première avec le très très sympathique et très talentueux Anthony Boulanger, jeune auteur ayant écrit Écosystématique de Fin du Monde, ouvrage publié aux Éditions Voy'[el].

crédit de la photo : Silvie Philippart

Flynn SFFF : Bonjour Anthony,

Pour commencer cette interview, pourrais-tu te présenter afin que les lecteurs te connaissent un peu mieux ?

Anthony Boulanger : Avec plaisir ! Je m'appelle donc Anthony Boulanger, âgé de 28 ans au moment de la réponse, marié, deux enfants (pour le moment également !). J'ai une formation scientifique. J'ai commencé à écrire en 2005, en démarrant avec un roman de fantasy, puis, à partir de 2007, j'ai découvert les appels à texte et me suis lancé dans la rédaction de nouvelles.

Flynn SFFF : Ca fait donc 8 ans que tu écris. D'où t'es venu cette envie d'écrire, cette passion ? Ce premier roman, a-t-il été publié ?

Anthony Boulanger : 8 ans, dis comme cela, ça me paraît énorme

J'ai toujours beaucoup lu, de tout, avant de prendre un virage sérieux vers la fantasy et de dévaliser les rayonnages de la bibliothèque municipale. Puis j'ai eu envie de mettre en scène des personnages et des créatures que j'aurais voulu trouver dans mes lectures, d'où l'apparition des Phoenix et des Alcyons aux côtés de sorciers.

Alors ce premier roman, "Au Crépuscule", n'est pas encore publié. Il est actuellement prévu chez Asgard !

Flynn SFFF : Il faudra m'envoyer un exemplaire de ce premier roman :p
Et que lisais-tu avant ? Pourquoi ce virage soudain vers la Fantasy ?

Anthony Boulanger : Avec plaisir !

Je lisais pas mal de récits mythologiques, et tout ce qui me tombait sous la main. Le virage est sûrement dû à la découverte de Bilbo le Hobbit, suivie de celle du Seigneur des Anneaux, et au fait que ma bibliothèque municipale de l'époque comptait beaucoup de grands formats de fantasy aux couvertures attrayantes !

Flynn SFFF : La mythologie, Tolkien, de très bonnes lectures ! :)
Et comment t'es venu l'idée de Écosystématique de fin de monde ? Pourquoi avoir mélangé SF et Fantasy ?

Anthony Boulanger : Ca remonte à loin, mais je dirais que l'idée m'est venue après la rédaction d"Oxyde de magie", une transposition de l'effet de serre dans un monde science-fantasy justement (ou fantasy-science, je ne pense pas que quelqu'un fasse encore la distinction).

En voulant relier différents textes à un univers cohérent, je listais mes nouvelles, et je me suis finalement posé la question du bien-fondé d'une thématique plutôt que d'un univers. "Oxyde de magie" évoquait l'écologie, la fin d'un monde pour le renouveau, ce qui était la ligne directrice de plusieurs autres textes dont "Les Révolutions du Serpentaire", "Wasteworld", "Au final, tout disparaîtra" pour ne citer que ces titres. Avec le filtre de ma formation scientifique, j'ai eu plus envie de proposer une vision plus globale de problèmes écologiques que des intrigues dans une même place au final.

Le mélange SF et Fantasy est venu assez naturellement pour les textes concernés. C'est un "genre" dans lequel je suis à l'aise, où j'ai mes repères acquis en tant que lecteur de fantasy et dans lequel je peux injecter des éléments de science qui me parlent et que je veux partager. Après, la distinction entre SF et Fantasy est plus ténue qu'on ne peut le croire. Comme le dit la troisième loi de Clarke : Any sufficiently advanced technology is indistinguishable from magic! (traduction : Une technologie suffisamment avancée n'est pas distincte de la magie.)

Flynn SFFF : Une formation scientifique qui te donne envie de faire de la hard SF ? Ou tu préfères simplement faire de la science-fantasy en incorporant quelques éléments de science ?


Pour ton recueil Écosystématique de fin de monde, comment en es-tu arrivé à contacter les Éditions Voy'[el] ? Est-ce que Voy'[el] t'a aidé à améliorer ton texte et ton style ?

Anthony Boulanger : J'espère pouvoir continuer à écrire et en hard-SF et en science-fantasy au gré de l'inspiration ! Pour la hard-SF, ce n'est pas tant ma formation qui m'en donne l'envie, mais les retours que j'ai sur les quelques nouvelles qui se rapprochent de cette étiquette. Ils sont tous encourageants et je me dis de plus en plus que c'est un terrain pour de belles intrigues et une autre forme de vulgarisation scientifique.

Pour Ecosystématique, j'ai contacté Corinne Guitteaud de Voy'[el] en tout premier lieu, suite à notre premier contact lors du festival Trolls et Légendes en 2009, il me semble bien. La ligne éditoriale de la maison d'éditions correspondait à la diversité de textes du recueil. Nous avons en effet échangé autour des textes et ceux-ci auraient été différents sans le retour et le regard de Corinne dessus !

Flynn SFFF : Tu es donc assez proche de tes lecteurs et prends en considération leurs avis ? Serais-tu tenté par de la vulgarisation pure et dure ?


Et Corinne [Guitteaud] a été assez emballée par ton projet ?

Anthony Boulanger : Les avis des lecteurs comptent beaucoup pour moi en effet. De mon point de vue, les lecteurs sont les compagnons indissociables de mes écrits. C'est parce qu'ils se penchent dessus que l'imaginaire, les intrigues, les personnages des textes vont pouvoir s'animer et trouver une vie, différente pour chaque lecteur.

Les écouter, lire leurs retours et y répondre quand cela s'y prête ou relayer leurs avis sont donc une suite naturelle de l'écriture et de la lecture. C'est également une marque de respect pour le temps qu'ils m'ont accordé.

De plus, le fandom SFFF, dans lequel se trouvent une majorité de mes lecteurs, étant plutôt petit, beaucoup de lecteurs sont également auteurs. Leurs avis sont donc également des conseils sur mon écriture, ce qui fonctionne, ce qui doit être changé.

Aujourd'hui, je ne pense pas être attiré par la pure vulgarisation. Je suis par contre très tenté de me pencher sur des thèmes scientifiques qui me passionent dans des récits, à la manière de Christophe Galfard dans "Le Prince des Nuages".

Sans vouloir trop m'avancer, je pense que le projet de recueil a plu à Corinne, puisque la finalisation en publication a eu lieu. Il me semble qu'"Oxyde de Magie" y a contribué !

Flynn SFFF : Tu t'améliores donc au fur et à mesure que tu es lu ?


Pour ce qui est du recueil, une question m'est très vite venue à l'esprit... Tu as une vision assez dure de l'homme actuelle, non ? Le considères-tu vraiment comme un barbare un peu comme on peut le voir dans la première nouvelle du recueil, "La Porte Bleue" ?

Anthony Boulanger : Ah, ça, je ne sais pas si je m'améliore ! J'espère ! Si je trouve un lecteur qui connaît mes premiers écrits et les derniers, je lui demanderai !

Le recueil présente en effet plusieurs portraits pessimistes, durs de l'humanité. Le personnage de "La Porte de la Bleue" en est un très bon exemple. Je ne cache pas que cela reflète un état d'esprit sur ce qu'il se passe aujourd'hui, et pas seulement dans les domaines environnementaux, écologiques. Dans les textes, cette violence (qui n'est pas forcément physique) est souvent présentée en premier plan ou de façon extrême pour ajouter un contrepoids aux intrigues ou aux chutes des nouvelles. Dans d'autres médias, on jouerait avec les ténèbres et la lumière, j'ai essayé de reproduire le même concept au niveau des personnages.

Flynn SFFF : Par ce moyen, tu cherches à faire passer tes idées ? Ton recueil est un reflet de ce que tu penses sur notre société actuelle ?

Anthony Boulanger : Non, pas forcément. Je pense que pour faire passer des idées ou des messages, il y a de meilleurs supports que les textes, des supports plus directs : des articles qui exposent des faits, des films, des informations sans enrobage. Les aspects écologiques des nouvelles sont plus pour interpeller le lecteur sur le long-terme, ou peut-être marquer son inconscient. Dans le recueil, j'évoque l'effet de serre et ses dangers, mais cela reste de l'évocation, qui seront moins frappants qu'un graphique présentant l'érosion de la biodiversité et la teneur atmosphérique en dioxyde de carbone.

Un des meilleurs exemples de média de divertissement pour illustrer mon propos est certainement le film Wall-E. Il y a l'histoire principale entre Wall-E et Eve, et autour, il y cette Terre vidée de ses ressources, submergée de déchets, cernée par les détritus spatiaux qui apparaît comme décor et comme images savamment dosées (de mon point de vue en tout cas !).

Je pense que les nouvelles sont placées trop loin dans le futur ou trop dans la fantasy pour refléter ce que je pense de la société actuelle par contre !

Flynn SFFF : C'est donc plus une sorte d'avertissement, de mise en garde sur ce qu'il va se produire dans le futur ?


La nouvelle qui m'a le plus plu, c'est Alpha Omega Alpha (si je ne me trompe pas sur le titre). Comment t'es venu cette idée ? Tu as passé du temps sur la recherche ?

Anthony Boulanger : Une fois la couche de divertissement passée, j'espère qu'on peut le prendre ainsi oui !

Pour "Alpha Omega Alpha", la première bouture de la nouvelle est née suite à un appel à textes du forum des Songes du Crépuscule sur la thématique de l'infini. J'ai eu envie de me pencher sur l'infiniment petit et l'infiniment grand, à l'échelle de l'univers et du temps. Les quarks étaient les protagonistes les plus appropriés de mon point de vue ! Plus que de la recherche, ce furent surtout des vérifications, pour être certains de ne pas faire d'erreurs sur les noms des particules élémentaires, les caractéristiques des unes et des autres, les données citées dans le texte !

Flynn SFFF : Et globalement, tu fais beaucoup de recherches pour écrire tes nouvelles ?

Anthony Boulanger : Cela dépend beaucoup de la nouvelle à proprement parler. Les nouvelles de SF me demandent souvent pas mal de recherches ou de consolidation de connaissances pour livrer un texte le plus solide et plausible possible. Selon les textes, ça peut ne pas transparaître selon que l'élément soit scientifique soit conservé ou utilisé. Ou bien la recherche est invisible parce qu'elle réside dans le choix du type d'étoiles impliquées ou de trou noir. Et il faut avouer qu'il y a pas mal de "recherche parasite" : quand je commence à lire un article ou à me renseigner sur un sujet, je tombe régulièrement sur d'autres éléments qui n'ont rien à voir avec la nouvelle en cours d'écriture mais qui vont m'interpeller !

Les nouvelles plutôt policières demandent le plus de préparation en amont, pour ficeler l'enquête, le cheminement de l'enquêteur, des indices, de l'intrigue. A ce jour, ce sont celles qui ont les brouillons les plus longs et les plus raturés !

Les nouvelles de fantasy sans aspect scientifique à l'intérieur sont plus rapidement que les précédentes à l'état de premier jet ! Il y a un côté symbolique ou clin d'oeil toutefois qui peut se glisser et qui va demander de nouvelles recherches.

Flynn SFFF : Ca demande tout de même un travail assez conséquent à ce que je vois !
J'ai vu que tu étais inscrit au site Adopte un auteur, que penses-tu des livres numériques et de la dématérialisation en général ?

Anthony Boulanger : J'y suis très favorable. Les livres numériques présentent de nombreux avantages aussi bien pour les lecteurs que les auteurs et les éditeurs que je ne passerai pas tous en revue, mais j'adhère aux avantages d'avoir sa bibliothèque à portée de main, de pouvoir bénéficier de livres enrichis. Le passage au numérique est quelque chose de naturel dans mon cas : mes premières publications se sont faites sur le web et dans les webzines, et le virage est déjà amorcé puisque j'ai eu la chance avec Walrus Editions de publier un recueil entièrement numérique, dans la collection de la Boîte de Schrödinger.

Flynn SFFF : Pour terminer, des conseils à donner à de jeunes écrivains en herbe ?

Anthony Boulanger : Je peux transmettre ceux qui m'ont le plus aidé, même s'ils peuvent paraître évidents (et qu'ils sont dans le désordre !) :

- ne pas hésiter à répondre à des appels à textes pour travailler son style, expérimenter les contraintes, de nouveaux genres, des univers

- oser franchir le pas (que ce soit pour commencer un texte, en soumettre un, contacter quelqu'un)

- écrire tous les jours (c'est ce qui est le plus dur de mon point de vue !)

- continuer à lire

- ne pas avoir peur des clichés, mais savoir en tirer parti

- relire ses manuscrits dans le désordre pour se sortir de l'histoire

Flynn SFFF : Je te remercie Anthony pour cette superbe interview ! Merci pour le temps que tu as consacré à moi et aux lecteurs de cette interview.

Anthony Boulanger : C'est moi qui te remercie de ta patience, de ton enthousiasme et de ton intérêt ! Si je ne m'avance pas trop, on doit tenir un record ;-)

Tag(s) : #Interview

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